TRANSIT DE VÉNUS 2004
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Le 8 juin 2004 a été le témoin d'un événement rarissime, la passage de Vénus devant notre étoile, le Soleil. Il va de soi qu'il ne fallait pas rater telle occasion. La préparation était primordiale et il ne restait plus qu'à croiser les doigts pour que la météo soit au beau fixe et n'avoir rien oublié dans sa préparation. Une liste à cocher est souvent le meilleur moyen. Ensuite, il faut avoir le temps pour préparer tout le nécessaire en fonction de l'observation prévue. 

Voici l'histoire de mon transit...

J'avais trois solutions, soit le faire seul chez moi comme pour le transit de Mercure l'année dernière, le faire avec les amis du CARL à Villeneuve d'Ascq, ou avec les amis du club URANIE de Saint-Saulve. C'est cette dernière solution que j'ai retenue, le déplacement étant moindre. Cela se fera sur un complexe sportif situé à environ 1km de notre observatoire. 

Pour ma part, je possède une lunette 150/1200 montée sur  une monture KEPLER EQ5, en parallèle une autre lunette 80/400. Cette dernière était fixée par une simple cornière sur les colliers de la grande lunette. Ce système n'était pas suffisant, il fallait ajouter la possibilité de régler l'instrument sur les deux axes, AD et D, pour un centrage parfait des deux instruments. Je souhaitais installer une TOUCAM PRO sur cette lunette pour faire les quatre contacts et le point milieu avec un demi soleil sur le capteur.  La difficulté ne s'arrêtait pas là, je voulais ajouter une troisième composante, un téléobjectif SIGMA 210mm avec une VESTA PRO pour réaliser une animation restituant le transit en accéléré. Cette installation devait également être réglable sur les deux axes indépendamment de la lunette 80/400. La veille les montages étaient terminés mais je n'avais pas eu le temps de vérifier les possibilités des réglages.

         
L'installation du matériel a présenté quelques difficultés (Cliquer sur les images pour zoomer).

7 juin 2004, 18H00, Nous nous sommes donnés rendez-vous sur le site d'observation pour les préparatifs. Il fallait poser les grilles d'exposition de panneaux, délimiter les différentes zones d'observation, interdites ou autorisées au public. En effet, nous avions choisi de ne pas laisser le public distraire les postes définis pour la mesure. A 20H30, tout est prêt, tout le monde rentre chez soi. Aussitôt rentré, je déploie le matériel pour vérifier rapidement si tout va bien et je termine les derniers préparatifs, nettoyage des objectifs et des oculaires, rassemblement et dernier contrôle rapide du matériel. Zut ! Il est déjà 23H00, il est temps d'aller se coucher, le réveil va sonner à 2H00. Le temps de tout rentrer, de me débarbouiller, je me couche il est 23H45.

8 juin à 2H00, branle bas de combat. Il est tôt, donc je ne déjeune pas, tout est prévu sur le site. Il faut seulement charger la voiture, je n'avais pas eu le temps la veille. Je n'avais pas prévu cette éventualité. Avec près d'une heure de chargement, je prends la route vers 3H30. Le rendez-vous était fixé à 3H00, j'arrive vers 4HOO. Je dois faire vite car la nuit est déjà très claire, encore une petite demi-heure et la polaire ne sera plus visible. Je parviens à mettre en station tant bien que mal. Après une rapide vérification cela semble correct. J'installe le reste, table, chaise, tente, couvre tente, ordinateurs sans me soucier du reste. Je branche et je commence à vérifier le pointage et régler les différents instruments avec la Lune.

Tout à coup ! Il pouvait être dans les environs de 5H30, je me retourne et d'un bref coup d'œil, les lueurs de l'aube pointaient franchement sur l'horizon. Aie! Aie ! Aie !... trop à gauche. Des amis étaient venus repérer les lieux plus d'un mois avant l'événement. Ils nous ont placés d'après leurs observations sans se douter qu'en un mois le lever du soleil se déplace fortement vers le nord est. Je pointe au jugé la direction du lever du soleil, je bloque tout. Je débloque les AD et contrôle la trajectoire, malheureusement nous serons dans les branches de l'arbre aux premier et deuxième contacts. N'ayant pas de tronçonneuse sous la main (c'est pour rire...), tout est à refaire, nous prenons la décision de tout bouger. Mon pied est équipé d'une bonne boussole et d'un bon niveau. Avant de migrer le matériel, débranchement des câbles,  vérification du niveau et de l'indicateur de la boussole. Je prends alors le pied tout monté avec les lunettes, les contrepoids que je passe par dessus mon épaule, je soulève l'ensemble et je le déplace d'environ 4 à 5 mètres (c'est vachement lourd, je ne ferais pas cela tous les jours...) . Je repositionne le pied de manière à retrouver les mêmes réglages. Il ne reste plus qu'à déplacer tout le reste, ordinateurs, tente, batterie, etc..., et à tout rebrancher.  Quelques essais rapides tout semble fonctionner du côté électronique. Il est déjà 6H45, je reprends mes réglages optiques et là !... tout s'effondre, je parviens à centrer correctement la 150/1200 et le téléobjectif sur le soleil mais, impossible de me décaler suffisamment pour faire mes mesures avec la seconde webcam sur la 80/400, j'abandonne à contre-cœur cette manipulation et je me concentre très rapidement sur la prise de vue pour recréer une animation de l'événement. L'heure tourne vite, trop vite, on souhaiterait parfois arrêter le temps mais il défile inexorablement. Bref, la scoumoune continue. Dans les jours qui précédaient, j'avais lu brièvement sur un site internet (je ne me souviens plus lequel) qu'un astronome amateur travaillait en cochant la case "N&B" dans QCFOCUS. Je souhaitais faire des essais pour voir les résultats avant d'utiliser cette méthode. Il faut savoir qu'auparavant, l'ensemble des webcamistes du club, nous avions discuté sur la méthode à employer, nous avions retenu la solution couleur avec travail final sur la couche verte.

Il est 7H 19, l'alarme sonne, le processus commence: enregistrement du premier film. Puis toutes les 5 minutes, l'alarme sonnera pour donner le top d'enregistrement. Juste à côté, Nicolas, embarqué dans la même galère que moi, se met à ramer, nous sommes en marche pour un parcours qui va durer plus de cinq heures. Au troisième film je m'aperçois que j'avais coché la case "N&B" dans QCFOCUS. N'ayant pas eu le temps de faire des essais, je m'empresse de décocher cette option. Au final, je regrette sincèrement de m'être aperçu de cette "anomalie". En effet, les 3 premiers films réalisés sont de loin les meilleurs.

Comme quoi, quand le sort s'acharne, il vaut mieux laissez passer la tempête. Promis, juré, craché, la prochaine fois, je m'installe en situation deux jours avant l'événement et je bivouaque. Au fait, la prochaine fois c'est en 2012, mais il faut prévoir un sérieux déplacement pour la totalité de l'événement. Y-a-t-il des amateurs ?

         
Un va et vient continuel, les curieux étaient de passage (Cliquer sur les images pour zoomer).

J'ai pu malgré cela me faire mon cinéma avec la reconstitution de l'événement. Peut-être pas comme je l'aurais souhaité, mais "faute de grives on mange des merles". J'ai pu récupéré une série d'images exploitables grâce à REGISTAX. Contraste poussé aux environs des 200 et filtre wavelet, layer 6, poussé à fond. J'avais en ma possession, 74 images sur lesquelles il y avait le disque solaire avec la planète Vénus parfaitement contrasté en noir et blanc. l'étape suivante consistait à recadrer parfaitement les images avec le fameux IRIS. Recadrage terminé, j'ai lancé l'animateur d'IRIS, le résultat était satisfaisant. Ensuite, l'idée d'additionner les images pour faire apparaître la traînée du passage de Vénus sur le Soleil m'est venue. Cette idée est à l'origine de cette animation assez insolite. D'abord la traînée n'est pas rectiligne, signe d'une mise en station approximative. Mais le plus surprenant, c'est la planète Vénus dont le diamètre apparaît plus gros sur le bord du disque solaire, diminue en allant vers le centre, puis augmente à nouveau en se rapprochant du bord. Nous pensons qu'il s'agit d'un phénomène d'absorption de lumière plus intense au centre du Soleil, et mis en évidence par le contraste très élevé lors du traitement des images sous REGISTAX.  Ou peut-être, la mise en station qui provoquerait cet effet inattendu ? Si quelqu'un avait la réponse... Je ne suis pas mécontent du résultat, car il y a de l'originalité à défaut de précision. La déformation du globe Vénusien est dû à la turbulence. Quant aux tâches solaires, elles ont été rajoutées sur l'animation grâce à une photo prise en afocal avec un APN dont l'image est horodatée. Ceci a permis de repositionner correctement les tâches par rapport à la planète Vénus à une heure précise. Cet artifice permet de rendre l'animation plus réaliste.


Cliquer sur l'animation pour l'agrandir.